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QUALITE DES EAUX DE CONSOMMATION DANS LA VILLE DE DSCHANG ET RELATION AVEC LA SANTÉ DES POPULATIONS

Eau de consommation, caractéristiques, risques sanitaires, assainissement.







L’approvisionnement en eau dans la ville de Dschang se fait en grande partie par l’usage de l’eau des puits privés et des sources naturelles non contrôlées pour la plupart. Dans l’optique de contribuer à la maîtrise de l’assainissement autonome et à la réduction des risques sanitaires liés aux difficultés d’accès à l’eau potable, une étude a été menée dans cette ville de janvier à novembre 2006. Il en ressort que 33 % de la population utilisent l’eau du puits contre 31,40 % pour l’eau de source, tandis que 31 % sont reliés au réseau de distribution publique. Les analyses physico-chimiques ont révélé que ces eaux sont en général fraîches (20,9 °C et 24 °C) mais acides (pH : 4,28-7,04) et ont une minéralisation très variée (1-693 µS/cm). Des teneurs en nitrates de 51,4, 56,8 et 63 mg/l ont été obtenues dans certains points d’eau. Des analyses bactériologiques, il ressort que ces points d’eau contiennent tous au moins une catégorie de bactéries indicatrices de contamination fécale. Les concentrations de ces bactéries variant entre 0 et 2500 UFC/100 ml pour les streptocoques fécaux, entre 4 et 11000 UFC/100 ml pour les coliformes fécaux et entre 0 et 15000 UFC/100 ml pour les coliformes totaux ont été obtenues. La typhoïde, les Gastro-entérites et les dysenteries ont des prévalences plus élevées chez les consommateurs d’eau du robinet (18,95, 11,15 et 10,11 % respectivement) suivie des consommateurs d’eau de source (9,80, 8,81 et 8,02 % respectivement) et enfin des consommateurs d’eau du puits (5,68, 4,09 et 5,45 % respectivement). En effet d’après l’enquête, une très faible proportion de la population utilise l’eau de puits comme boisson (5,37 %) par rapport à l’eau de source et du robinet dont les proportions sont de 36,52 % et de 32,24 % respectivement.

 Etat général de l’accès à l’eau potable à Dschang

L’eau potable n’est pas disponible pour la majorité de la population mondiale, surtout en Afrique et en Asie dans les villes secondaires et en milieu rural [1]. Le problème d’accès à l’eau potable est accentué par le faible degré d’urbanisation de ces villes. L’urbanisation dans les pays en développement est tout à fait particulière par rapport à celles des pays de l’Europe car elles n’ont pas de modèle. On y passe invariablement d’un habitat haut standing à un habitat semi rural avec des taux de croissance démographique très élevés (5 % en moyenne) et pour corollaire le développement spatial rapide de la ville (3 %). Engendrant une forte demande en eau que les acteurs du secteur de l’eau n’arrivent pas à assurer. Cette situation est liée d’une part à l’incapacité des infrastructures de distribution d’eau à produire de l’eau potable en grande quantité pour subvenir au besoin des populations, et d’autre part aux revenues faibles de la majorité des habitants des zones périurbaines. Les difficultés d’accès à l’eau potable obligent les consommateurs à travers le monde à s’approvisionner en eau de divers origines non contrôlée et insalubre dans la plupart des cas occasionnant des épidémies de diarrhée, de choléra, de dysenteries et autres infections d’origines hydrique [2], [3], [4], [5], [6], [7]. On note depuis la recrudescence des maladies liées à l’eau ces dernières années au Cameroun notamment par des épidémies de choléra dans le Nord et plus récemment à Douala, Foumbot, Bafoussam et Dschang.
Dans la ville de Dschang en particulier, les populations s’approvisionnent en eau à partir du réseau de distribution publique, des eaux de puits, des sources et des cours d’eaux suivant leur disponibilité. La promiscuité favorise les contacts entre les fosses sceptiques, fosses d’aisance et les points de dépôts d’ordures avec les puits et les sources naturelles, situation pouvant faciliter l’infiltration des pathogènes dans ces eaux et engendrer des épidémies. C’est le cas des protozoaires entériques tels que Giardia sp. et Cryptosporidium parvum ainsi que des espèces virales pathogènes transmises par voie féco-orale et qui sont responsables des diarrhées, de la poliomyélite et des hépatites aigues [5], [8], [9], [10]. Ces germes ont en commun un cycle de transmission impliquant l’homme et l’environnement aquatique. Ils ont une grande stabilité dans le milieu naturel et une certaine résistance aux agents de dénaturation physico-chimique [11], [12]. En effet, il existe une relation de cause à effet entre la qualité des eaux de consommation et la gastroentérite [13], [14]. Les études antérieures sur la qualité de l’eau utilisée par les populations de la ville de Dschang ont révélé qu’elles n’étaient pas potables [15], [16]. La présente étude présente de manière comparative les caractéristiques microbiologiques et physico-chimiques des différents types d’eau utilisée régulièrement par les populations de la ville de Dschang. Une discussion est amorcée sur l’impact de la qualité de ces eaux sur la santé des populations. Le choix de cette étude repose sur la nécessité de contrôler et d’améliorer la qualité de l’eau consommée dans les villes secondaires des pays en développement et palier ainsi à l’expansion des maladies d’origine hydrique.

 Présentation du site de l’étude

Dschang est une ville en pleine expansion située dans les hautes terres de l’Ouest du Cameroun. Géographiquement cette ville est située entre 5°25’ et 5°30’ de Latitude nord et entre 10°00’ et 10°5’ de Longitude Est et son altitude va rie entre 1200 m et plus de 1400 m au dessus du niveau de la mer (Fig. 1). Son climat est caractérisé par deux saisons : une courte saison sèche d’environ 4 mois et une longue saison de pluies d’environ 8 mois. Les précipitations annuelles sont comprises entre 1500 et 2000 mm et la température moyenne est d’environ 18°C [16]. La ville de Dschang est dotée d’une Université et a subi en très peu de temps une augmentation du nombre de résidences estudiantines, le plus souvent construites de manière anarchique.


Figure 1. Localisation géographique de la ville de Dschang.

 Caractérisation des sources d’eau de consommation

Les facteurs tels que le mode d’approvisionnement, la fréquence d’utilisation, la position par rapport au relief de la ville, les sources de pollution potentielles et l’impact de l’utilisation de ces eaux sur la santé ont été considérés dans le choix des sources. C’est ainsi qu’un robinet d’eau du réseau de distribution publique, 14 puits, 5 sources (donc 2 au système d’aménagement détérioré, 2 non aménagées et 1 aménagée) ont été sélectionnés. Les prélèvements des eaux destinées aux différentes analyses ont été effectués suivant les procédures décrites par Rodier [17]. Les analyses physicochimiques et microbiologiques ont été effectuées au cours de deux campagnes de mesure, respectivement entre août et septembre 2006, et entre novembre et décembre 2006.
Les analyses physico-chimiques ont été faites suivant les méthodes décrites dans le document technique de Hach [18]. La température (T), la conductivité électrique (C) et les solides totaux dissous (TDS) dans l’eau ont été mesurés à l’aide du multimètre Conductivity/TDS de marque HACH. Le pH a été mesuré à l’aide d’un pH-mètre de marque SUNTEX TS-2. La DCO a été mesurée à l’aide du spectrophotomètre DR/2000™ après digestion pendant deux heures à 150°C dans le réacteur de DCO DRB/200™. Les teneurs en nitrate, en sulfate et en orthophosphate ont été déterminées à l’aide du spectrophotomètre DR/2000 de marque HACH suivant la méthode de réduction au Cadmium pour les nitrates, la méthode turbidimétrique de modification du sulfate de Baryum pour les sulfates et la méthode de l’acide ascorbique pour les orthophosphates.
La technique des membranes filtrantes a été utilisée pour le dénombrement des bactéries indicatrices de contamination fécale. Les procédures utilisées sont celles décrites par Rodier [17], APHA et al. [19], Sloat et Ziel [20]. Les filtres standards de 45 µm de diamètre ont été utilisés pour les filtrations puis inoculés dans les différents milieux de culture préparés et stérilisés à 121°C pendant 15 minutes à l’autoclave. Le milieu de culture des coliformes était constitué de gélose lactose auquel était ajouté pour 100 ml de solution 5 ml de Tergitol 7 et 5 ml de 2, 3, 5- Triphenyltetrazolium chloride (TTC). Les cultures ont été incubées à 37°C pour les coliformes totaux et à 44,5 °C pour les coliformes fécaux. Le milieu de culture des streptocoques fécaux était constitué de gélose à la bile à l’esculine et à l’Azide de sodium. Ils ont été incubés à 35°C. Après incubation pendant 24h aux températures mentionnées, les colonies des bactéries de couleur jaune orangé avec un halo translucide chez les coliformes et marron avec un halo brun pour les streptocoques fécaux ont été énumérées et leur concentration a été exprimée en unités formatrices de colonies (UFC) dans 100 ml d’échantillon suivant la formule ci-après [20] :

{UFC\over 100ml} = {x\over y}x100

x = Nombres de colonies comptées sur le filtre

y = quantité (ml) d’échantillon filtré

 Enquêtes sur la relation entre la qualité des eaux et la santé des populations

Une enquête a été réalisée au cours de cette étude sur l’impact du mode d’approvisionnement en eau sur la santé. Des questions relatives à la profondeur des puits, au mode d’utilisation du puits ou de la source d’eau et à l’impact de l’utilisation de ces eaux sur leur santé ont été posées aux populations.

 Utilisation des différentes sources de ravitaillement en eau par les populations

La population de la ville de Dschang est ravitaillée en eau à partir de trois sources principales :
- l’eau du robinet qu’ils reçoivent à domicile ou au niveau des bornes fontaines publiques du réseau de la société de distribution d’eau de la ville ;
- l’eau de source naturelle qui jaillit sur certaines pentes de la ville ;
- l’eau du puits qui provient des puits privés dans les domiciles ou des forages publiques aménagés.
Il ressort de l’enquête que la majorité des habitants de la ville utilisent de l’eau de puits (32,94 %), suivie de l’eau de source naturelle (31,40 %), et de l’eau du robinet (31,17 %) (Fig. 2). A ces principaux modes d’approvisionnement ; environ 4,49 % de la population associent l’eau minérale, de pluie, ou de rivière.

Approvisionnement en eau a Dschang
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Figure 2. Variation de la proportion des consommateurs en fonction du mode d’approvisionnement en eau.

Caractéristiques bactériologiques des points d’eau dans la ville de Dschang
La caractérisation bactériologique des eaux de consommation dans la ville de Dschang a révélé qu’elles contiennent d’importantes proportions de microorganismes indicateurs de contamination fécale. En effet, les teneurs en entérocoques (streptocoques du tractus gastrointestinal) dans l’eau du robinet ont été de 2 UFC/100 ml et 30 UFC/100 ml respectivement au cours de la première et de la seconde campagne de mesures. Dans l’eau de source, ces teneurs ont varié entre 0 et 118 UFC/100 ml et entre 31 et 95 UFC/100 ml respectivement pendant les deux campagnes. Dans les eaux de puits par contre, des teneurs variant entre 0 et 2500 UFC/100 ml pendant la première campagne et entre 4 et 1500 UFC/100 ml pendant la seconde campagne ont été enregistrées (Tableaux I).

Tableau I : Teneurs en indicateurs de contamination fécale de quelques points d’eau de consommation dans la ville de Dschang
Sources SF (UFC/100mL) CF (UFC/100mL) CT UFC/100mL)
Mois Août Octobre Août Octobre Août Octobre
P Minimum 0 29 4 39 20 90
(n=7) Maximum 200 380 3500 700 4000 1200
Moyenne 75 170 605 365 1210 572
PB Minimum 2 4 18 16 30 20
(n=7) Maximum 2500 1500 11000 3150 15000 4400
Moyenne 660 413 2920 765 4068 1282
R Minimum 2 30 7 0 30 0
(n=1) Maximum 2 30 7 0 30 0
Moyenne 2 30 7 0 30 0
S Minimum 0 31 40 88 60 115
(n=5) Maximum 118 95 300 600 3000 800
Moyenne 36 62 171 218 1096 327
Total Minimum 0 4 4 0 20 0
(n=20) Maximum 2500 1500 11000 3150 15000 4400
Moyenne 266 221 1277 450 2123 731

P, puits dont l’eau n’est pas consommée ; PB, puits dont l’eau est consommée ; R, robinet ; S, sources ; n, nombres de points d’eau considérés.

Dans l’eau du robinet consommée dans la ville de Dschang ; les teneurs en coliformes fécaux ont été de 7 UFC/100 ml et de 0 UFC/100 ml respectivement au cours de la première et de la seconde campagne d’analyse. Dans les eaux de sources les teneurs mesurées ont varié entre 40 et 300 UFC/100 ml et entre 88 et 600 UFC/100 ml respectivement pendant la première et la seconde campagne. Les teneurs aussi élevées que 11000 UFC/100 ml et 3150 UFC/100 ml ont été obtenues dans les eaux de puits respectivement au cours des deux campagnes. En général, les teneurs en indicateurs de contamination fécale dans les eaux de puits et de sources ont été plus élevées au cours de la première campagne par rapport à la seconde (Tableau I).

 Caractéristiques physicochimiques

Les tableaux II présent les résultats des paramètres physicochimiques qui ont été mesurés au cours du mois d’août 2006.

Tableau II : Caractéristiques physicochimiques de quelques points d’eau de consommation dans la ville de Dschang au mois d’août 2006
SourcespHT (°C)C (µS/cm)TDS (mg/L)DCO (mg/L)NO-3 (mg/L)PO43- (mg/L) SO42- (mg/L)
P Minimum 4,58 20,90 33 18 0 1 0,11 1
(n=7) Maximum 6,03 23,20 690 340 48 20 0,20 7
Moyenne 5,40 22,18 222,16 109,73 8 6,56 0,15 3,57
PB Minimum 5,18 20,90 36 18 10 2 0,09 1
(n=7) Maximum 6,97 23,00 349 174 103 12 1,24 22
Moyenne 5,98 21,42 147,01 72,87 39,29 5,53 0,47 5,71
R Minimum 6,94 21,10 108 54 6 4 0,34 8
(n=1) Maximum 6,94 21,10 108 54 6 4 0,34 8
Moyenne 6,94 21,10 108 54 6 4 0,34 8
S Minimum 5,76 21,30 65 33 0 2 0,06 1
(n=5) Maximum 7,04 23,40 200 100 118 7 1,70 8
Moyenne 6,09 22,14 140,40 70,32 39,60 4,22 0,43 2,6
Total Minimum 4,58 20,90 33 18 0 1 0,06 1
(n=20) Maximum 7,04 23,0 690 340 118 20 1,70 22
Moyenne 5,85 21,85 169,71 84,19 26,75 5,49 0,34 4,3

P, puits dont l’eau n’est pas consommée ; PB, puits dont l’eau est consommée ; R, robinet ; S, sources ; n, nombres de points d’eau considérés.

Au cours de la première campagne en août 2006, le pH a varié dans l’ensemble entre 4,58 (puits dont l’eau n’est pas consommée) et 7,4 (source naturelle). Les résultats de la seconde campagne au mois d’octobre 2006, n’ont pas été significativement différents des précédents (4,30 dans le puits et 6,70 dans l’eau de robinet). Le pH des eaux de puits a été en général plus faible par rapport à celui des autres sources d’eau de boisson.
Les valeurs de la conductivité électrique de l’eau du robinet au cours des deux campagnes ont été de 108 µS/cm et 84 µS/cm respectivement. De fortes variations on été observées dans les eaux de puits. Au cours de la seconde campagne par exemple, la conductivité a varié de 1 µS/cm à 693 µS/cm). La demande chimique en oxygène a été nulle dans la plupart des points d’eaux caractérisés ; principalement au cours de la seconde campagne. En dehors d’un point d’eau de source et d’un puits dont l’eau est consommée et qui ont respectivement des DCO de 118 mg/l et 103 mg/l, tous les autres points d’eau caractérisés ont des valeurs de DCO inférieures à 50 mg/l.
Les teneurs en nitrates pendant la première campagne ont été de 4 mg/l pour l’eau du robinet, et ont oscillé entre 2,4 et 6,8 mg/l et entre 1 et 20,3 mg/l pour les eaux de sources et puits respectivement. Au cours de la seconde campagne par contre, des valeurs aussi élevées que 51 mg/l, 57 mg/l et 63 mg/l ont été obtenues respectivement dans les eaux de sources, de puits et de robinet. Pour les orthophosphates, les concentrations respectives de 0,34 mg/l et de 3,68 mg/l ont été obtenues dans l’eau du robinet respectivement pendant la première et la seconde campagne.
Elles ont oscillé entre 0,06 et 0,7 mg/l et entre 0,18 et 0,90 mg/l dans l’eau de source pour ces mêmes périodes respectivement. Dans l’ensemble, ces teneurs ont été faibles et n’ont pas dépassé 4 mg/l au cours des deux campagnes.
Pour les sulfates (SO42-) ; les teneurs mesurées ont été faibles au cours des deux campagnes. (8 mg/l dans l’eau du robinet, entre 0 et 25 mg/l dans l’eau de puits et entre 0 et 8 mg/l dans les eaux de source).

 Relation entre le mode d’approvisionnement en eau et la santé des populations

La figure 3 présente les proportions d’apparition de certaines maladies d’origine hydrique dans la ville de Dschang en fonction du mode d’approvisionnement utilisé par la population. Les démangeaisons corporelles ont une fréquence élevée chez ceux qui se lavent avec l’eau du puits (24,32 %) par rapport à l’eau du robinet (10,11 %) et de source naturelle (6,46 %). La typhoïde, les Gastro-entérites et les dysenteries ont des fréquences d’apparition plus élevées chez les consommateurs d’eau du robinet (18,95, 11,15 et 10,11 % respectivement) suivie des consommateurs d’eau de source (9,80, 8,81 et 8,02 % respectivement) et enfin des consommateurs d’eau du puits (5,68, 4,09 et 5,45 % respectivement). En effet suivant l’enquête, une très faible proportion de la population utilise l’eau de puits comme boisson 5,37 % par rapport à l’eau de source et du robinet dont les proportions sont de 36,52 % et de 32,24 % respectivement.

Maladies d'origine hydrique
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Figure 3. Fréquences d’apparition de certaines maladies d’origine hydrique dans la ville de Dschang. DC., Démangeaisons corporelles ; GE., Gastro-entérite ; DY., Dysenterie ; TY., Typhoïde.

 Relation entre la qualité de l’eau de consommation à Dschang et celles d’autre ville africaine

La caractérisation des points d’eaux de la ville a révélé que tous contiennent de nombreuses bactéries d’origines fécales. Ce résultat corrobore celui de Makoutode et al. [21] dans son étude sur les puits de Grand-Popo au Benin. Les teneurs en bactéries indicatrices de contamination fécale sont dans l’ensemble plus élevées dans les eaux de puits et dans certaines sources naturelles que dans l’eau du réseau de distribution de la ville. Ces eaux sont donc impropres à la consommation et peuvent affecter la santé des consommateurs. En effet, les normes de qualité pour les eaux de consommation humaine prescrites par l’OMS requièrent une concentration de 0 UFC/100 ml pour toutes les bactéries indicatrices de contamination fécale [22]. La présence de telles bactéries dans une eau de consommation implique celle de divers autres agents pathogènes tels que les salmonelles (Salmonella typhi) et les protozoaires tels que Entamoeba hystolitica, Cryptosporidium sp. et Giardia sp [23], [24].
La concentration élevée des microorganismes indicateurs de contamination fécale dans les eaux de puits par rapport à celles des eaux de source est due à l’état stagnant des puits [7]. Cet état favorise le dépôt des produits de la décantation tels que des particules en suspension et divers objets introduits accidentellement qui peuvent s’y décomposer et contaminer l’eau Malgré cette contamination excessive des puits, la source est plus indicatrice de pollution car elle draine directement la nappe phréatique alors que le puits en plus de la nappe subit des contaminations spontanées provenant des récipients utilisés pour puiser de l’eau. Ainsi, lorsqu’une source indique une contamination fécale cela implique directement que son environnement est pollué.
Les paramètres physiques sont en relation avec la structure naturelle des sols : au contact du sol, les eaux se chargent de certains éléments minéraux qui influent sur la conductivité et le pH (acidité) Nola et al. [25]. Les références de qualité fixées pour certains de ces paramètres correspondent à des considérations de l’ordre du goût et de la couleur plutôt qu’à des préoccupations sanitaires [22]. La qualité physico-chimique de la majorité des points d’eau analysés est acceptable. Néanmoins les teneurs en nitrates présentent des écarts sur les normes de qualité observées dans certains points d’eau. Selon Hartemann [24], les nitrates peuvent engendrer la méthémoglobinémie chez les enfants, le cancer ou influencer la reproduction chez certains adultes. Et d’après Coulais [26], les nitrates ne sont pas dangereux par eux-mêmes, mais peuvent être à l’origine de la formation de composés chimiques (nitrites, nitrosamines) qui constituent des dangers potentiels pour la santé.
Le pH des points d’eau de la ville de Dschang est acide dans l’ensemble. Ce résultat corrobore ceux obtenus à Yaoundé par Nola et al. [25], Loumbengnigni [27], Tchagouo [28] et Djaouda [29] sur les eaux des puits et sources de la localité et de ses environs. Cette acidité serait due à la nature des roches encaissantes qui entourent leur nappe phréatique [25]. Le pH est l’un des paramètres opérationnel les plus importants de la qualité de l’eau car il influence la croissance des microorganismes et l’action des désinfectants [30], [31]. Les valeurs optimales requises pour le pH dans une eau de consommation se situent entre 6,5 et 9,5 [22].
Les températures des points d’eau de la ville de Dschang les situent dans la gamme d’eau fraîche car elles varient entre 19 et 24°C ; la température ambiante et le climat qui règne dans la ville favorise cette situation. L’eau fraîche a en général un goût plus agréable que l’eau chaude ; et la température a un impact sur les autres constituants inorganiques et contaminants chimiques qui peuvent affecter le goût. Une eau de température élevée (>25°C) favorise la croissance des microorganismes et peut changer le goût, augmenter, l’odeur, la couleur et les problèmes de corrosion de l’eau [22], [32].
Les valeurs de TDS mesurés sont dans l’ensemble inférieures à la norme de qualité esthétique : 1000 mg/l proposée par l’OMS [22], [33] sur la qualité des eaux de boisson. Des normes relatives à l’action des TDS sur la santé ne sont pas proposées, cependant l’eau ayant une valeur de TDS >1200 mg/l peut être répugnante pour les consommateurs. De même, une eau ayant une concentration extrêmement faible en TDS peut aussi ne pas être acceptée à cause de son goût fade et insipide [22]. La DCO de l’eau est influencée par la teneur en oxygène dissous [32]. Celle des points d’eau de la ville de Dschang est dans l’ensemble faible. La diminution du taux d’oxygène dissous dans l’eau peut favoriser la réduction microbienne des nitrates en nitrites et des sulfates en sulfites.
La teneur en sulfates des points d’eau de la ville de Dschang est largement inférieure à 250 mg/l ; morne esthétique prescrite par divers organismes pour la qualité des eaux de boisson. Les sulfates apparaissent naturellement dans l’eau à des concentrations faibles ne pouvant influencer la santé [22], [32]. Il est néanmoins établi que la détérioration du goût de l’eau due aux sulfates est minimale aux concentrations inférieures à 250 mg/l et que des concentrations supérieures peuvent contribuer à la détérioration du système de distribution [22].
Les teneurs en phosphore sont relativement élevées dans certains points d’eau de la ville (>1mg/l). Ces concentrations seraient dues à l’infiltration des résidus d’engrais phosphatés utilisés pour fertiliser le sol dans la région car l’agriculture est très pratiquées dans la ville de Dschang et sa périphérie et se fait avec l’aide de divers engrais chimiques. Plusieurs puits d’eau de la ville ont une végétation diversifiée constituée principalement d’algues et de fougères sur leurs abords, parois et parfois au fond. Selon Miquel [30] et la Commission Internationale pour la Protection des Eaux du Léman, [34], le phosphore favorise le développement des algues qui consomment l’oxygène au détriment de la faune, et est le principal responsable de l’eutrophisation et de l’appauvrissement des couches d’eaux profondes en oxygène.
Les fortes prévalences des affections liées à l’eau observées chez les populations utilisant l’eau des puits, s’expliqueraient par le fait que ces eaux étant stagnantes et généralement non couvertes, elles sont à même de servir de site de prolifération d’insectes. Ces derniers en y déposant leurs larves, laissent probablement d’autres agents infectieux [23], [24]. Par contre les prévalences élevées des maladies dues à l’ingestion de l’eau chez les utilisateurs d’eau de robinet et de source par rapport à ceux du puits seraient dues au fait que l’eau du puits est moins consommée que ces deux autres modes d’approvisionnement en eau.

 CONCLUSION

Les points d’eau de consommation dans la ville de Dschang sont à 100 % contaminés par au moins un genre de bactéries indicatrices de contamination fécale. Les concentrations de ces bactéries variant entre 0 et 2500 UFC/100 ml pour les streptocoques fécaux, 4 et 11000 UFC/100 ml pour les coliformes fécaux et 0 et 15000 UFC/100 ml pour les coliformes totaux ont été obtenues. Malgré les teneurs en bioindicateurs de contamination fécale acceptables par rapport à celles des eaux des puits et sources et l’aspect souvent coloré de l’eau de robinet, celle-ci peut être utilisée sans problème pour le ménage et le bain. Pendant les deux campagnes de mesures, les teneurs en bioindicateurs de contamination fécale dans l’eau de robinet ont été respectivement de 2 et 30 UFC/100 ml pour les streptocoques fécaux, de 7 et 0 UFC/100 ml pour les coliformes fécaux et de 30 et 0 UFC/100 ml pour les coliformes totaux. Bien que la qualité physico-chimique de la majorité des points d’eau analysés soit acceptable, les teneurs en nitrates supérieures à la norme requise par l’OMS (50 mg/l) ont été observées dans certains points d’eau.
La pollution des puits et sources d’eau par les bactéries indicatrices de contamination fécale seraient dues sans doute à l’infiltration des eaux provenant des fosses septiques et des points de dépôts d’ordures qui jonchent la ville de manière anarchique. Les populations des zones périphériques de la ville ignorent dans la plupart des cas l’impact que peut avoir la proximité des points de décharge d’ordures et des fosses septiques sur la qualité microbiologique d’une eau de consommation. La prévalence des maladies d’origine hydrique dans la ville aussi bien chez les utilisateurs d’eau du réseau de distribution que chez les utilisateurs d’eau de puits et ou de source montre qu’il est important que chaque utilisateur maîtrise les techniques de traitement permettant d’améliorer la qualité de l’eau avant son usage.

 RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

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[32SIAEPF (Syndicat Intercommunal d’Alimentation en Eau Potable de la Faye). 2007. NORMES DE L’EAU applicables aux eaux destinées à la consommation humaine. http://siaep.faye.fr/qualite-de-lea.... Consulté le 05 mai 2007.

[33Davis R, Hirji R. Water Resources and Environment Technical Note D.1.Water Quality : Assessment and protection. The World Bank. Washington, D.C., 2003, 32 p.

[34CIPEL (Commission Internationale pour la Protection des Eaux du Léman). Wikipédia : L’encyclopédie libre, 2006. http://fr.wikipedia.org/wiki/Commis...éman. [Mise à jour du 9 octobre 2006]. Consulté le 13 avril 2007.



NDOUNLA Juliette,
date de publication : 14 mars 2016,
date de dernière mise à jour : 13 mars 2016


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